Première semaine du défi, et je vais être direct avec vous : elle a été difficile.
J’ai perdu 6 300 dollars. Dont 9 300 dollars sur une seule séance, le jeudi 1er octobre. Trois journées vertes, deux journées rouges, et une qui a emporté le reste.
Et pourtant, quand je regarde cette semaine en arrière, je considère que j’ai bien tradé. Je vais vous expliquer pourquoi, parce que c’est exactement le genre de nuance qu’on ne vous montre jamais.
Si vous découvrez ce suivi, j’ai lancé un défi public jusqu’au 31 décembre : prouver qu’on peut vivre du trading en moins de deux heures par jour, sur 11 comptes de prop firm, sans jamais en perdre un seul, avec publication des résultats chaque dimanche. Bons ou mauvais.
Voici le premier bilan.
Les chiffres de la semaine, sans filtre
Je travaille avec 11 comptes répartis en deux équipes. Chez Lucid, 622 000 dollars de capital alloué. Chez Tradify, 770 000 dollars. Environ 1,4 million au total.
Le résultat de la semaine : moins 6 300 dollars.
Posé comme ça, le chiffre peut faire peur. Remis à l’échelle du capital alloué, il représente moins de 0,5 %. C’est ce que j’appelle une perte maîtrisée, et c’est précisément ce que le cadre est censé produire.
Le détail des séances : vert lundi, rouge mardi, vert mercredi, moins 9 300 dollars jeudi, et plus 3 684 dollars vendredi.
Côté chronomètre, parce que c’est l’autre moitié du défi : 8 heures 30 d’écran sur toute la semaine, soit un peu plus d’une heure 30 par jour. Et c’était une semaine agitée. Certains jours, tout est bouclé en une heure. À 10 heures, ma séance est terminée et je fais autre chose.
La séance du 1er octobre, expliquée pas à pas
C’est celle qui a flingué la semaine. Je vais la détailler entièrement, parce qu’elle contient plus d’enseignements qu’une semaine propre.
Mon plan de départ
Je commence toujours une séance par 10 à 20 minutes de préparation. Pas pour chercher un signal, mais pour comprendre le contexte. Quelles nouvelles économiques sont sorties, qu’est-ce qui est susceptible de pousser le marché dans un sens ou dans l’autre.
C’est ce qu’on appelle l’analyse fondamentale, et je veux désamorcer tout de suite un complexe très répandu chez les débutants : il n’y a besoin d’être ni économiste ni ingénieur financier. Il faut juste comprendre ce qui se passe.
Ce matin-là, le contexte était le suivant. L’inflation américaine était ressortie sous les attentes, à 3,4 % contre 3,7 % anticipés. Bonne nouvelle en apparence. Mais le rendement du 10 ans américain venait de toucher un plus haut, autour de 5,31.
J’ai donc écrit noir sur blanc dans mes notes de séance : l’indicateur du jour, c’est le 10 ans US. Le marché reste piloté par les taux, je suivrai le rendement américain comme repère.
Graphiquement, la configuration était à l’achat. Tous les éléments techniques allaient dans ce sens. J’avais identifié une zone d’achat précise, avec un point pivot et un POC qui donnaient un niveau clair. Mon plan était simple : laisser le marché venir retaper cette zone, puis jouer le rebond vers le haut.
C’est le scénario que j’ai joué.
Ce qui s’est réellement passé
Le 10 ans américain est passé de 5,27 à 5,37 en une heure.
Dix points de base en soixante minutes sur une séance du matin, c’est rare. C’est une explosion. Et quand les taux se tendent comme ça, le marché actions ne remonte pas, il part dans l’autre sens.
J’étais à l’achat. J’étais du mauvais côté.
Pouvais-je l’anticiper ? Non. Et je pèse mes mots. Le lendemain, vendredi, j’ai construit quasiment le même plan. Sauf que ce jour-là, le 10 ans s’est calmé, le marché est allé chercher son objectif, et j’ai terminé à plus 3 684 dollars. Même analyse, même logique, résultat opposé.
C’est la différence entre un bon plan et un bon résultat. Les deux ne sont pas synonymes.
Ce que j’aurais pu mieux faire
Je ne vais pas me présenter en victime du marché, ce serait malhonnête.
J’ai joué ce scénario en un seul trade. J’aurais pu le découper en deux, sortir une première fois, me repositionner plus bas, et limiter considérablement la casse. Il y avait plusieurs manières de s’en sortir sur cette séance.
Pourquoi je ne l’ai pas fait ? Parce que j’avais une conviction. Pour moi, le marché devait monter. Cette conviction m’a fait rester, et rester m’a coûté.
C’est le biais le plus coûteux du métier, et il touche tout le monde, y compris après quinze ans dans une institution financière. Je vous conseille d’ailleurs de noter ce type de séance dans votre journal de trading, pas pour vous flageller, mais pour repérer la répétition quand elle arrive.
Pourquoi je considère malgré tout que j’ai bien tradé
Voilà le point que je veux vraiment faire passer.
Ma seule règle non négociable était de ne pas dépasser ma perte maximale : 100 dollars sur mon compte maître, ce qui correspond à environ 10 000 dollars sur l’ensemble du dispositif.
J’ai perdu 9 300 dollars. J’ai tenu ma limite.
Je n’ai pas renforcé pour me refaire. Je n’ai pas enlevé mon stop. Je ne suis pas revenu sur le marché l’après-midi pour récupérer. C’est exactement ce que fait un trader qui veut prendre sa revanche sur le marché, et c’est comme ça qu’une mauvaise séance devient un compte perdu.
Un trader est là pour appliquer un plan et une vision. J’avais les deux, je les ai appliqués, le marché ne m’a pas donné raison. Ça arrive, et ça arrivera encore.
Une perte de cette ampleur restera rare. Une à deux fois par mois au maximum. Mais elle fait partie du métier, et la cacher reviendrait à vous vendre une illusion.
Où j’en suis sur la ligne rouge
Je suis toujours en zone de danger.
Pour rappel, chez les prop firms, le drawdown autorisé vous suit tant que vous n’avez pas atteint un certain seuil. Tant qu’il suit, chaque dollar gagné relève la barre sous vos pieds, mais chaque dollar perdu vous rapproche de la sortie.
Une fois ce seuil franchi, le drawdown se fige et tout ce que vous gagnez au-delà devient du surplus, de la sécurité pure. Sur mes comptes à 150 000 dollars, ce seuil est à 155 100 dollars.
J’en suis loin. Mon objectif des prochaines semaines n’est donc pas de faire des chiffres spectaculaires, c’est de remonter vers cette zone de sécurité en prenant le moins de risque possible. L’ordre des priorités compte : préserver d’abord, construire ensuite.
C’est précisément la logique que nous posons avec chaque apprenant dans la formation Devenir trader indépendant, parce qu’un cadre de risque mal calibré au départ ne se rattrape jamais en cours de route.
La leçon de la semaine
C’est le marché qui décide.
Vous ne pouvez pas anticiper l’évolution des prix en permanence. Quand vous êtes du mauvais côté, vous êtes du mauvais côté. Ne cherchez pas de coupable, il n’y en a pas. Vous avez pris une décision. Si elle était bonne, tant mieux. Si elle ne l’était pas, demain on recommence et on applique ce qu’on sait faire.
Cette capacité à accepter la perte sans la transformer en revanche est ce qui sépare les traders qui durent de ceux qui disparaissent. Le mental décide de la plupart des comptes perdus, bien plus que la stratégie.
Je publie le prochain bilan dimanche. Dites-moi en commentaire votre pronostic pour la semaine 2 : maintenant que vous connaissez mon money management, à combien vous m’estimez ?
Et si vous reconnaissez votre propre fonctionnement dans cette séance du 1er octobre, si vous savez construire un plan mais pas le quitter quand il ne fonctionne plus, c’est le genre de chose qui se règle en parlant. Réservez un appel avec Jérémy, cofondateur d’Objectif Trading, pour faire un point sur votre situation.
Le trading comporte un risque de perte en capital. Cet article n’est pas un conseil en investissement.