Il existe une technique qui permet de gagner presque tous les jours en prop firm. Dix-huit journées sur dix-neuf.
Beaucoup de traders l’utilisent en ce moment sans savoir qu’elle porte un nom. Elle s’appelle la martingale.
Le principe tient en une phrase : ne jamais couper une perte, mais renforcer sa position jusqu’à ce que le marché retrace.
Pour en avoir le cœur net, j’ai simulé 20 000 journées de trading avec cette méthode sur un compte financé de 150 000 dollars. Les résultats sont impressionnants, et c’est précisément le problème.
Comment fonctionne la martingale sur un compte financé
La version qui circule dans le milieu des prop firms est simple. Elle se joue en un seul trade, avec un objectif modeste : gagner 250 dollars, puis arrêter la journée.
Ces 250 dollars ne sortent pas de nulle part. Pour demander un payout sur un compte financé, certaines prop firms exigent cinq journées gagnantes d’au moins 250 dollars chacune. C’est donc le minimum pour qu’une journée soit comptabilisée. La martingale vise exactement ça : valider sa journée le plus sûrement possible.
Le déroulé est le suivant.
Vous prenez une position. Si le marché va dans votre sens et que vous êtes à plus 250 dollars, vous encaissez et vous fermez la plateforme.
S’il va contre vous et que vous êtes à moins 250 dollars, vous ne coupez pas. Vous renforcez. Vous rachetez la même quantité un peu plus bas, votre prix moyen baisse, et il suffit que le marché revienne à votre point d’entrée initial pour que vous soyez à plus 250.
Si ça descend encore, vous renforcez encore, mais cette fois en doublant. Et ainsi de suite. À chaque nouveau palier de baisse, vous doublez le renfort, et à chaque fois un petit rebond suffit pour empocher vos 250 dollars.
Le raisonnement est séduisant. Le marché ne descend jamais en ligne droite, il finit toujours par retracer. Pas de stop à respecter. Une journée validée presque à chaque fois. Et au pire, vous perdez le prix du challenge.
Sauf qu’en prop firm, il y a une limite que rien ne contourne : le drawdown.
Le piège mathématique, palier par palier
Prenons un cas concret. Un compte de 150 000 dollars avec 4 500 dollars de drawdown. Un micro contrat sur le Nasdaq 100, le MNQ, qui cote 2 dollars le point.
Pour gagner 250 dollars avec un seul micro contrat, il faut que le Nasdaq bouge de 125 points. C’est large, on laisse le marché respirer. Ces 125 points deviennent notre palier.
Voilà ce qui se passe à mesure que ça descend.
Au départ, 1 contrat. Premier palier, le Nasdaq baisse de 125 points : vous êtes à moins 250 dollars, vous renforcez, vous avez 2 contrats.
Deuxième palier, moins 250 points : vous êtes à moins 750 dollars, vous renforcez de 2, vous avez 4 contrats.
Troisième palier, moins 375 points : vous êtes à moins 1 750 dollars, vous renforcez de 4, vous avez 8 contrats.
Quatrième palier, moins 500 points : vous êtes à moins 3 750 dollars, vous renforcez de 8, vous avez 16 contrats.
C’est le tapis. Tout ce qui vous reste est sur la table.
Et c’est là que le piège se referme. Il ne vous reste que 750 dollars de drawdown. Avec 16 micro contrats, 23 points de baisse suffisent pour faire sauter le compte. Vingt-trois points, c’est moins de 0,1 % de variation. Pendant qu’il vous faudrait un rebond de 125 points pour finir à plus 250.
Retenez ce rapport de forces : pour perdre votre compte, il suffit que le Nasdaq baisse d’un peu plus de 500 points, soit à peine 1,7 %, sans jamais rebondir de 125 points en cours de route. Et 125 points sur un indice qui en vaut 30 000, c’est un rebond de 0,4 %. Autant dire rien.
Ce que montrent 20 000 journées simulées
Pour sortir des impressions, j’ai simulé 20 000 journées avec exactement ces règles : compte de 150 000 dollars, 4 500 dollars de drawdown, micro contrat Nasdaq, paliers de 125 points, objectif de 250 dollars par jour, et un marché qui monte ou descend au hasard, sans tendance. Autrement dit, un marché sur lequel vous n’avez strictement aucun avantage.
Je vais être honnête : les résultats sont impressionnants.
Une journée sur deux, vous n’avez même pas besoin de renforcer. Au total, 18 journées sur 19 se terminent à plus de 250 dollars. Un taux de réussite de 95 %.
C’est exactement ce qui rend cette technique dangereuse. Elle vous récompense presque tous les jours. Elle vous installe la certitude que ça fonctionne.
Puis arrive la dix-neuvième. Le marché ne rebondit pas à temps. Et ce jour-là, vous ne perdez pas 250 dollars, vous perdez 4 500 dollars. Vous perdez le compte entier.
Faites le calcul : 18 journées à 250 dollars font exactement 4 500 dollars. Tout ce que vous avez construit en 18 jours disparaît en une séance.
Et sur la durée ? Les chiffres sont sans appel
J’ai poussé la simulation plus loin, parce que c’est là que tout se joue.
Sur le challenge. Pour valider un compte de 150 000 dollars, il faut gagner 9 000 dollars. À 250 dollars par jour, cela représente 36 journées gagnantes sans une seule mauvaise. Sur 100 traders qui utilisent cette méthode, 14 valident leur challenge.
Sur le premier payout. Soyons honnêtes, la martingale peut vous y emmener. Cinq journées gagnantes à 250 dollars suffisent pour le demander. Sur nos 100 traders de départ, une dizaine y arrivent.
Sur la durée. Et c’est là que ça s’effondre. Après un mois de compte financé, soit une vingtaine de séances, il n’en reste que 4 ou 5 sur 100. Après trois mois, moins d’un sur 100.
Une journée sur 19, ça paraît peu. Mais un mois de trading représente une vingtaine de séances, trois mois une soixantaine. À force de répéter le même risque, la mauvaise journée finit par arriver. Ce n’est pas une question de si, c’est une question de quand.
Le marché finit toujours par retracer, c’est vrai. La vraie question est différente : est-ce qu’il va retracer avant que votre drawdown soit épuisé ? Une fois sur 19, la réponse est non.
Cette technique ne vous donne aucun avantage. Elle ne change pas la direction du marché. Elle échange simplement beaucoup de petits gains contre une perte énorme différée. Votre courbe ressemble à un escalier qui monte marche après marche, puis à un ascenseur qui tombe d’un coup.
Si vous voulez comprendre pourquoi ce schéma revient si souvent, j’ai détaillé ailleurs les raisons pour lesquelles la majorité des traders particuliers perdent. La martingale en est la version la plus élégante, et la plus trompeuse.
En réalité, c’est pire que dans ma simulation
Ma simulation est généreuse avec la martingale, et il faut le dire.
Elle suppose un marché qui bouge au hasard. Le vrai marché, lui, a des journées de tendance où il descend pendant des heures sans rebond exploitable. Il a des annonces économiques où il parcourt des dizaines de points en quelques secondes, et où vos renforts ne sont pas exécutés au prix prévu. Il y a aussi les commissions, que ma simulation ignore, et qui gonflent à chaque renfort puisque vous doublez la taille.
Et puis il y a vous.
Quatrième palier. Le Nasdaq a perdu 500 points. Vous êtes à moins 3 750 dollars et il faut appuyer sur le bouton pour doubler encore. Je vous garantis que ce geste-là n’a rien à voir avec une ligne de code dans une simulation. C’est exactement le moment où le mental décide du résultat, pas la stratégie.
La seule question qui compte
Alors, peut-on gagner en prop firm avec la martingale ? Presque tous les jours, pendant un temps.
Mais ce n’est pas la bonne question. La vraie est celle-ci : est-ce que je veux passer un challenge, ou est-ce que je veux vivre du trading ?
Si vous voulez juste valider un challenge, la martingale est un billet de loterie. Si vous voulez construire une activité autonome, il faut penser autrement. Des pertes petites et bornées chaque jour. Un compte qui survit aux mauvaises semaines, parce qu’il y en aura pour tout le monde.
Les prop firms sont une opportunité, pas une permission. Elles ne doivent jamais autoriser des comportements que personne ne se permettrait en trading institutionnel : sur-risque, over-trading, absence de cadre, décision prise sous le coup de l’émotion. Notre priorité n’est pas de pousser les comptes dans leurs retranchements, mais de les préserver, de limiter les dépenses et de rester durablement dans le jeu. C’est la posture que nous transmettons tout au long de la formation, et c’est aussi ce qui sépare un apprenant qui dure d’un apprenant qui recommence.
Dans ce métier, celui qui gagne n’est pas celui qui gagne le plus vite. C’est celui qui sera encore là dans un an.
C’est pour ça que j’ai lancé un défi public
Je viens de démarrer un défi sur ma chaîne : est-il possible de vivre du trading en moins de deux heures par jour sur des comptes financés ?
Pas de martingale. Pas de mise doublée après une perte. Une perte maximale fixée chaque jour, et je m’y tiens. Chaque dimanche, je publie le bilan de ma semaine avec mes résultats réels, bons ou mauvais. Réponse le 31 décembre. Le cadre complet du défi est détaillé ici.
Je dois aussi vous avouer quelque chose. En préparant cette analyse, j’ai refait tourner la simulation sur un autre type de compte : un compte financé directement, sans passer par le challenge. Même martingale, même objectif de 250 dollars par jour. Et là, sur le papier, la martingale devient gagnante. Mais pas pour la raison que vous imaginez. Quand vous verrez qui encaisse réellement dans cette histoire, vous allez être surpris. Je publie tous les chiffres mercredi prochain.
En attendant, dites-moi en commentaire si vous avez déjà testé la martingale, en challenge ou sur compte financé, et comment ça s’est terminé.
Et si vous vous reconnaissez dans ce schéma, si vous avez déjà perdu un compte en refusant de couper une position, le plus utile est d’en parler de vive voix. Réservez un appel avec Jérémy, cofondateur d’Objectif Trading, pour faire un point sur votre situation et identifier ce qui vous coûte réellement vos comptes.
Le trading comporte un risque de perte en capital. Cet article n’est pas un conseil en investissement.